Solutions et techno

François Martin-Festa : « Il est difficile d’identifier des cas d’usage avec un bon ROI »

Par Guillaume Trecan | le | It

Le directeur du Lab digital et technologies de France Supply Chain, François Martin-Festa, revient sur la nécessité pour les membres de l’association d’être guidés vers les cas d’usages les plus pertinents pour s’emparer des nouvelles technologies dans leur fonction : RPA, intelligence artificielle, intra-logistique, IOT et Cybersécurité.

François Martin-Festa, directeur du Lab Digital et Technologies. - © D.R.
François Martin-Festa, directeur du Lab Digital et Technologies. - © D.R.

Quelle est la vocation du Lab digital et technologie de France Supply Chain ?

Le Lab digital et technologie est l’un des cinq Labs de France Supply Chain, avec le Lab Ressources Humaines, le Lab SupplyChain4Goods, le Lab ETI PME et le Lab international. Avec le Lab digital et technologie, nous cherchons à créer une zone de partage et d'échange entre professionnels, dans un cadre associatif, dépolluée de toute considération mercantile. Nous traitons la transformation digitale au sens large et nous nous concentrons sur neuf thématiques : intelligence artificielle, IOT, blockchain, RPA, innovation Supply chain, data, intralogistique, digitalisation du transport et cybersécurité. Nous avons aussi choisi de nous concentrer sur les cas d’usage. Dans chacun de nos travaux, nous cherchons à identifier concrètement, pour les acteurs de la supply chain, l’état de l’art sur un sujet et nous listons ce que nous avons pu identifier auprès de différents industriels et de certains cabinets de conseils qui travaillent avec nous.

Qui sont les membres de ce Lab ?

L’instance de direction du Lab digital et technologie regroupe quinze à vingt personnes toutes les six semaines. Nos thèmes sont pilotés par des chefs de chantier aux profils variés. La chef de chantier de la thématique RPA, par exemple, Anne-Brigitte Spitzbarth, actuellement directrice de l’Excellence opérationnelle et du développement durable de Gefco, est l’ancienne directrice supply chain de Lafarge en France. Nicolas Gallée, le chef de chantier de la thématique Data, actuellement freelance, et ancien directeur de la BU Business Consulting de l’ESN Hardis Group, spécialisé dans la data. Marc Dauga, impliqué sur les questions d’IOT, de cybersécurité et de blockchain, est un un associé de la pratique supply chain de Wavestone avec qui nous avons un partenariat historique.

Etant donné la profusion d’entreprises innovantes dans ces technologies aujourd’hui, une des difficultés majeures de la supply chain, consiste à identifier quel acteur serait pertinents pour un cas d’usage précis

Que produisez-vous ?

Le Lab organise des ateliers de travail sur les sujets précités, réalise des publications et organise des conférences de partage. Par exemple, sur ces thèmes, nous éditons un radar, qui comprend un panorama permettant de repositionner les concepts du sujet, une liste de cas d’usage et un recensement des startups et des sociétés actives sur le sujet. Etant donné la profusion d’entreprises innovantes dans ces technologies aujourd’hui, une des difficultés majeures des acteurs de la supply chain, consiste à identifier quel acteur serait pertinent pour un cas d’usage précis..

Quelles sont les technologies qui vous semblent les plus matures ?

On peut trouver des applications très matures aujourd’hui en RPA. Beaucoup d’entreprises ont compris ce qu’elles pouvaient en tirer dans l’automatisation d’une prise de commande, dans le processus Procure to Pay, dans l’automatisation du paiement des factures, etc. Dans la supply chain, il y a également un certain nombre d’éléments intéressants autour de l’intelligence artificielle, qui permet d’améliorer la pertinence des forecast, des réassortiments, du positionnement des bons inventaires aux bons endroits. Il existe également des cas d’usage technologiques très concrets en intra-logistique, tous les processus d’optimisation dans les entrepôts, Goods to Man, ou des solutions de robotisation pour compacter ou rendre plus résilients les entrepôts.

Nous avons incité nos membres à s’intéresser plus à l’IOT, dont la valeur n’est pas encore toujours perçue dans toutes ses composantes

Et lesquelles sont moins matures aujourd’hui mais vous semblent prometteuses pour l’avenir ?

Dans le panorama digital, que nous produisons tous les deux ans, nous avons incité nos membres à s’intéresser plus à l’IOT, dont la valeur n’est pas encore toujours perçue dans toutes ses composantes. Il existe des applications relativement mûres dans la logistique, en matière de traçabilité, mais il pourrait effectivement être décliné dans un autre champ de la supply chain, le manufacturing, en termes de maintenance prédictive, d’efficacité énergétique. Ces sujets sont très liés à l’IOT par le monitoring ou par une combinaison d’IOT et d’IA. Nous avons aussi voulu mettre en avant le sujet de la cybersécurité et faire prendre conscience aux décideurs que ce sujet doit faire partie de tout plan de continuité d’activité. La logistique et la supply chain ayant un grand nombre d'échanges avec un ensemble de partenaires cela crée des zones de brèches potentielles.

Quels sont les principaux freins à la prise en main de ces sujets par les directions supply chain ?

Face au foisonnement d’un grand nombre d’innovation et ce qui parfois ressemble à une jungle de startups, il n’est pas facile d’identifier les bons partenaires. Il est également difficile d’identifier des cas d’usage avec un bon retour sur investissement. La troisième difficulté concerne le passage à l'échelle. Beaucoup d’entreprise peinent à industrialiser l’innovation. Certaines, comme Schneider Electric, ont mis en place des Supply Chain Innovation Lab, avec une petite équipe qui va tester différentes solutions, éventuellement négocier des tarifs, bâtir des business cases, de manière à proposer à leurs collègues opérationnels un catalogue d’innovations pré-validées. Il existe également des difficultés de recrutement de personnes capables de conduire ce type de projet mêlant supply chain, opérationnels et innovation.

L'écosystème français est riche aujourd’hui et nous essayons de le valoriser

L'écosystème français est-il particulièrement intéressant ?

L'écosystème français est riche aujourd’hui et nous essayons de le valoriser. France Supply Chain regroupe beaucoup de grands groupes multinationaux - qu’il s’agisse de Michelin, LVMH, Saint Gobain, Carrefour ou encore Orange - et, force est de constater que, lorsque nous faisons nos radars, nous trouvons sur l’ensemble des sujets nombre de pépites françaises de grande qualité. En général, lorsque nous constituons nos exemples de cas d’usage, nous ne listons que des startups françaises. Nous avons ce parti-pris d’essayer de les développer. La proximité géographique facilite d’ailleurs indéniablement la relation avec une startup.

 

PORTRAIT

Au-delà de son rôle au sein de France Supply Chain, François Martin-Festa exerce les fonctions VP End to End Offer Data du groupe Schneider Electric. De 2010 à 2015, il a exercé les fonctions de VP Supply chain Planning & SIOP du groupe, après avoir évolué dans les fonctions supply chain et logistique au sein de ce groupe pendant près de 15 ans.

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