Stratégie supply

Comment Velux a réussi à réinternaliser avec succès sa logistique

Par Guillaume Trecan | le | Industrie

Lorsque Velux a décidé de réinternaliser la logistique France du groupe et de la centraliser sur son site de production dans la Somme, le pari était loin d’être gagné. Mais à l’arrivée et malgré les turbulences de la crise sanitaire et la congestion du transport de fret, les résultats sont au rendez-vous.

Vincent Arnoux, directeur logistique Europe du Sud de Velux. - © D.R.
Vincent Arnoux, directeur logistique Europe du Sud de Velux. - © D.R.

« Nous avions deux entrepôts en France : un en propre près de notre usine dans la Somme et un autre externalisé au sud de Paris. Le point de départ de la réflexion c’est que l’entrepôt externalisé était celui qui coûtait le plus cher en euros par mètre cube expédié dans le groupe », explique le directeur logistique Europe du Sud de Velux, Vincent Arnoux. Trois ans après ce constat, les coûts logistiques du groupe ont été réduits de 9 % à volume constant et en TCO, incluant amont, gestion des stocks et aval.

19 % de volumes supplémentaires traités en deux ans

La satisfaction de Vincent Arnoux ne se limite pas à cela, mais tient surtout au fait que ce choix a satisfait les opérationnels, au départ peu convaincus, sachant que la situation initiale ne posait pas de problème opérationnel. « Nous avions une très bonne qualité de services », relève Vincent Arnoux. Et pourtant, les volumes ont entre-temps fortement augmenté. Entre 2019 et 2021, ils se sont accrus de 19 %. « Cette croissance que nous avons faite en un an et demi, nous pensions initialement la faire en dix ans », confie le directeur logistique Europe du Sud.

La performance en coûts obtenue dans cette opération d’internalisation de la logistique tient en grande partie à la réduction du poids des frais fixes associés à l’entrepôt. La position d’entrepôt le plus cher du groupe du prestataire basé dans le sud de Paris était en partie due au prix du foncier et en partie au fait que cet entrepôt n’était pas mutualisé avec d’autres clients, ainsi qu’à la nature du contrat conçu dix ans plus tôt et très peu flexible. En concentrant toute la logistique sur le site industriel du groupe à Feuquières-en-Vimeu (Somme), où un petit entrepôt existait déjà, l’optimisation est évidente : « la majorité des frais fixes est absorbée par notre usine », explique Vincent Arnoux. En 2018, un bâtiment de 15 000 m2 a été construit sur le site, là où existait auparavant un entrepôt de 5 000 m².

L’équipe de l’entrepôt passée de 30 à 80 personnes

La réussite de cette concentration des forces logistiques du groupe repose en grande partie sur le personnel de l’entrepôt, dont les effectifs ont plus que doublé les effectifs, passant d’une trentaine à 80 personnes. Cela a nécessité une montée en compétences rapide. Contrairement à l’entrepôt du groupe dans la Somme, le prestataire logistique du Sud de Paris faisait beaucoup de préparation de messagerie, de petites commandes. Les équipes logistiques de Velux ont dû rapidement monter en compétences. « Nos équipes ont sur-performé sur cette partie messagerie et ont proposé des innovations. En collaborant avec nos transporteurs et en nous faisant aider par des experts, nous avons trouvé des alternatives qui améliorent notre performance au quotidien », se réjouit Vincent Arnoux.

Il a également consacré beaucoup d’énergie à la dimension digitalisation des process administratifs. « Nous avons aussi équipé les chariots en tablettes tactiles pour suivre leurs activités picking et leurs commandes », indique le directeur logistique.

Dans une démarche de réinternalisation comme celle-ci, il ne faut pas sous-estimer la partie informatique associée

Vincent Arnoux et ses équipes ont également veillé à ce que l’échange d’information en interne ou avec les nouveaux transporteurs inclus dans la boucle soit aussi fluide qu’il l’était avec le prestataire logistique. « Dans une démarche de réinternalisation comme celle-ci, il ne faut pas sous-estimer la partie informatique associée », prévient Vincent Arnoux.

Le point clef : sécuriser les relations avec les transporteurs

Mais le problème principal à régler tenait surtout à la sous-traitance transport. « Le défi principal était lié à la disponibilité des transporteurs. Notre usine n’est pas dans un bassin favorable pour trouver des camions en capacité de venir tous les jours chez nous charger », reconnait Vincent Arnoux. Un problème d’autant plus important que le barycentre idéal de cet entrepôt se situait entre Chartres et Orléans. L’activité de Velux se faisant majoritairement au nord de la Loire. « Nous n’avons pas des volumes d’un gros industriel, nous sommes sur des lots partiels, nous faisons de la messagerie, avec des commandes moyennes de cinq à six mètres cubes », complète le directeur logistique.

Nous partageons beaucoup d’informations avec nos transporteurs sur notre activité et nos volumes

Si les coûts de transport et logistique du groupe ont par conséquent augmenté de 25 à 30 %, la relation client fournisseurs est montée d’un cran dans la collaboration et le partenariat. « Nous partageons beaucoup d’informations avec nos transporteurs sur notre activité et nos volumes. Nous leur demandons aussi de nous prioriser dans leur flux, quitte à être plus souple dans nos négociations commerciales », indique Vincent Arnoux.

Quatre transporteurs travaillent actuellement avec le groupe se partageant petits colis, messagerie et affrètement avec un fort degré de partenariat. « Nous leur donnons des prévisions sur les volumes et ils nous garantissent une flotte en propre disponible. Ainsi, nous ne sommes pas soumis aux aléas de la sous-traitance », constate Vincent Arnoux.

La logistique de Velux en chiffres

En 2021 la zone Europe du Sud a expédié 350 000 mètres cubes de produits Velux vers les clients du groupe, soit à peu près 25 % de l’activité du groupe

Entre 2019 et 2021, sur sa zone, les volumes traités se sont accrus de 19 %

Dans ce laps de temps, les coûts logistiques du groupe ont été réduits de 9 % à volume constant et en TCO

La fonction Supply Chain groupe comprend au total 450 personnes. Vincent Arnoux gère en direct six personnes et près de 90 personnes au total sur sa zone.

Le choix de la France comparé aux autres logistiques européennes de Velux

En Italie, au Portugal et en Espagne, des marchés beaucoup plus petits, le groupe travaille avec des entrepôts externes mutualisés avec d’autres clients.

La configuration pour laquelle Vincent Arnoux a opté en France existe aussi en Pologne et en Hongrie qui ont leurs propres entrepôts associés à une usine.

Au Danemark, qui était il y a quelques années un des entrepôts majeurs du groupe, l’entrepôt est internalisé, mais pas associé à une usine.

L’Allemagne fonctionne avec un entrepôt également associé à une usine, mais aussi des entrepôts externalisés.

 

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