Logistique

Promus raccourcit la supply chain entre producteurs et restaurateurs

Par Guillaume Trecan | Le | Logisticien

A partir de sa base logistique de Carquefou (44), le grossiste alimentaire Promus connecte en direct 80 producteurs agricoles et 250 restaurateurs de la région. Après avoir éprouvé la validité de leur business modèle pendant un an et demi, ses fondateurs mettent maintenant le cap sur l’Île de France et ouvrent une nouvelle base à Rungis à la fin du mois.

Promus raccourcit la supply chain entre producteurs et restaurateurs
Promus raccourcit la supply chain entre producteurs et restaurateurs

En 2017 Antoine Pulcini et Charles Raymond ont respectivement quitté la fonction achats et la fonction logistique de Danone pour fonder la société Promus, qui met en relation producteur agricoles et restaurateurs. Leur ambition : disrupter une supply chain ne permettant pas aux producteurs de prospérer.

« Il y a aujourd’hui deux grands types de producteurs, analyse Antoine Pulcini. Les premiers, qui font de la vente directe via des petites structures du type Amap ou La Ruche qui dit oui, qui s’en sortent bien, représentent un portefeuille d’environ 5 % des terres agricoles et 10 à 12 % des volumes vendus. Les seconds - tous les autres - s’en sortent beaucoup moins bien, parce qu’ils sont dans des systèmes logistique et commerciaux très longs, impliquant un grand nombre d’intermédiaires. En connectant directement un producteur et un restaurateur, nous apportons une solution pour reprendre la maîtrise du prix de l’alimentation. »

Un premier essai via des box automatisés dès 2017

Promus n’est pas la seule plateforme web connectant producteurs et restaurateurs, mais elle se différencie, d’une part en étant multiproduit et d’autre part en n’exerçant pas seulement son activité de grossiste via une plateforme d’échange digitale, mais en y adjoignant des moyens logistiques physiques. Antoine Pulcini et Charles Raymond ont commencé par le faire en 2017 en installant des Promus’Box, des containers réfrigérés de 20 ou 40 pieds avec une entrée autonome et une sortie autonome, deux à Nantes, une à Toulouse et une autre à Lyon. « Nous étions dans des logiques de volumes trop faibles par rapport aux attentes de nos clients restaurateurs », explique Antoine Pulcini.

En septembre 2020, la startup a donc pivoté en s’appuyant sur un entrepôt. Le premier, opéré par Stef, est basé à Carquefou (44), dessert 250 clients restaurateurs et est approvisionné par 80 producteurs. Un second doit ouvrir d’ici la fin du mois à Rungis pour servir de base relais pour une cinquantaine de clients franciliens. Un portefeuille client qu’Antoine Pulcini et Charles Raymond entendent notamment développer en s’appuyant sur un partenariat avec l’Association française des maîtres restaurateurs.

La restauration collective en cœur de cible

Les restaurants ciblés par Promus alignent entre 100 et 200 couverts, même si la société sert également de plus petits établissements. La restauration collective est son cœur de cible, en particulier les cantines scolaires. « Ce sont elles qui ont les plus gros enjeux au regard de la loi Egalim », note Antoine Pulcini.

Antoine Pulcini - © D.R.
Antoine Pulcini - © D.R.

Notre capacité à faire des prévisions automatisées nous permet d’engranger suffisamment de stock pour garantir cette rapidité de livraison et cette fraicheur

Les flux de produits passant par l’entrepôt de Promus sont tirés par ces restaurateurs, dont les commandes se situent entre 200 et 400 kilos. Dans 99 % des cas, ce sont les producteurs eux-mêmes qui livrent l’entrepôt six jours sur sept et jusqu’à deux heures du matin. Leurs produits transitent par l’entrepôt dans une logique de cross-dock, passent par l’agréage, le contrôle qualité, le contrôle sanitaire, avant préparation et expédition aux restaurateurs en 24h à 48h après la commande. « c », analyse Antoine Pulcini qui a redéveloppé son propre WMS pour piloter ces commandes et ces expéditions. Promus compte en effet quatre développeurs parmi ses 18 collaborateurs. En fonction de l’activité, une à cinq personnes travaillent au sein de l’entrepôt à préparer les commandes.

Circuits courts, produits locaux, prix bas

« Nous avons réinventé cette logistique de l’immédiat, un peu comme un messager le ferait, mais en orchestrant la prise de commandes par un client à un producteur. Nous regroupons des producteurs sur une plateforme et nous les redispatchons vers des restaurateurs en leur garantissant des produits issus de producteurs les plus locaux possibles, avec un maximum de fraîcheur et un prix minimum », résume Antoine Pulcini, qui rappelle que cette performance sur les prix est rendue possible par la suppression des intermédiaires traditionnellement impliqués dans ces échanges.

Pour l’instant 80 % des produits viennent de moins de 200 kilomètres de Carquefou, mais la proximité n’est pas un point essentiel de l’engagement de Promus. Son offre consiste avant tout à limiter le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur, tout en ayant une offre la plus large et qualitative possible, ce qui peut passer par exemple par le fait de sourcer des produits d’AOP italiennes.

Le producteur identifié jusqu’à la table du restaurant

Pour Antoine Pulcini, l’un des principes essentiels de la valeur ajoutée de Promus est aussi de pouvoir tracer d’où vient et où va un produit, en plus de toutes ses caractéristiques intrinsèques. Les producteurs conditionnent leurs produits à l’unité de vente. Elle est dégroupée dans l’entrepôt pour être remise au client et chaque unité de vente garde l’identité de son producteur jusque sur la table des restaurants. « Grâce à la traçabilité, nous pouvons ainsi montrer aux parents que les engagements pris par la cantine sont respectés », illustre le fondateur de Promus.

Aujourd’hui, nous sommes le premier grossiste digital en France à travailler avec des producteurs en direct

« Aujourd’hui, nous sommes le premier grossiste digital en France à travailler avec des producteurs en direct », vante Antoine Pulcini bien conscient que l’avenir de sa société passe par la réussite de l’extension de ses bases logistiques sur de nouvelles métropoles pour connecter plus de producteurs à plus de restaurateurs et gagner en volume.