Stratégie supply

Picard : « Notre logistique ne sera plus fondée sur de grands entrepôts mais hyper-agile »

Par Guillaume Trecan | le | Retail

Le directeur supply chain de Picard, Pascal Neveu, détaille la feuille de route digitale incluse dans le projet de transformation que lui a confié la directrice générale, Cathy Collart Geiger. Un projet centré sur la nécessité d’accroître la capacité de prévision du groupe, en amont sur  ses appros et en aval sur le réappro des points de vente.

Le centre logistique Picard de Trappes. - © D.R.
Le centre logistique Picard de Trappes. - © D.R.

Quels sont les outils SI avec lesquels travaille actuellement la direction Supply Chain de Picard ?

La logistique de Picard disposait jusqu’ici de très peu d’outils informatiques, sur l’amont comme sur l’aval. La directrice générale du groupe nous a demandé de mettre en œuvre un plan de transformation de la supply chain qui inclut un projet de modernisation de nos outils de prévision. L’objectif de la supply chain est d’être au service du commerce, tout en maîtrisant ses coûts. La logistique est le deuxième poste de charge de Picard, mais cela ne doit pas pour autant être notre préoccupation principale. Notre priorité est, d’une part, de créer de la valeur à travers nos interactions avec les différentes entités du groupe et d’autre part d’aider le groupe, par notre efficience, à faire aboutir son ambition de croissance inscrite dans ″Proxima″, le plan de croissance Picard à horizon 2026. Notre principal combat consiste à apporter un service irréprochable. Pour vendre, encore faut-il que la disponibilité linéaire dans les rayons soit maximale et, cela implique des prévisions fiables.

Quels sont les grands axes de ce projet de transformation des SI Supply ?

Sur la partie amont nous allons déployer, au deuxième semestre de cette année, le module d’approvisionnement de SAP, dont l’ERP est notre core model. Pour la partie aval, l’objectif est de mettre en place un réapprovisionnement automatique des points de vente. Le projet n’en est actuellement qu’au stade embryonnaire et vise un déploiement en 2023.

Pascal Neveu, directeur supply chain. - © D.R.
Pascal Neveu, directeur supply chain. - © D.R.

La troisième brique de notre feuille de route digitale porte sur l’intelligence artificielle. Nous avons identifié trois acteurs dont les solutions font actuellement l’objet de POC

                                                                                                      La troisième brique de notre feuille de route digitale porte sur l’intelligence artificielle. Nous avons identifié trois acteurs dont les solutions font actuellement l’objet de POC. Nous arrêterons notre choix entre septembre et octobre prochain. Ce module d’intelligence artificielle a pour objectif de générer des prévisions pour l’ensemble de la chaîne : des prévisions de chiffre d’affaires par référence, transmises aux Achats et au Merchandising et aussi, de manière consolidée, à la Supply Chain et à nos prestataires logistique et transport pour qu’ils puissent anticiper le nombre de colis à traiter.

Quels sont les premiers enseignements de ces POC ?

Nous avons donné un an d’historique sur 17 points de vente aux trois acteurs shortlistés et nous leur avons demandé de calculer le besoin de novembre et décembre de l’année dernière. Nous avons choisi précisément ces deux mois parce que notre activité connaît une très forte saisonnalité. Noël est pour nous la période la plus intense de l’année. Le test porte ainsi à la fois sur un mois calme et un mois en plein boom. Les résultats obtenus par les acteurs impliqués dans le cadre de ces POC, vont de 15 % à 1 % d’écart par rapport à la réalité, obtenu par l’un des acteurs.

Votre version de SAP est-elle restée suffisamment standard pour que vous puissiez envisager sereinement les développements à venir sur la partie amont ?

La version de SAP que nous utilisions pour nos approvisionnements est en effet alourdie par le développement de multiples particularités qui ont généré des verrues. Cette version est, qui plus est, non maintenue. Nous voulons couper court à cette pratique et opter pour une version standard. Nous avons mis en place des ateliers qui ont pour but de définir précisément les ajustements nécessaires pour que SAP s’adapte bien à nos particularités. Mais nous en ferons très peu ; c’est aussi à nous de changer nos habitudes de travail.

Quels autres écueils anticipez-vous sur dans ces projets SI ?

Je suis particulièrement attentif à la gestion du changement, car la force de l’habitude est un des écueils les plus importants. Nous avons commencé à mettre en place de nombreux ateliers de formation sur la partie approvisionnement amont et d’autres sont à venir sur la partie réapprovisionnement des points de vente. Les premiers seront destinés à définir notre besoin. Ils impliqueront des collaborateurs des ventes, de la supply chain, des achats, du data lake. L’objectif étant de définir la stratégie de déploiement sur nos 1 068 points de vente : est-ce que nous devons commencer uniquement sur les promotions, sur le 20/80, etc ?

La nécessité de disposer de prévisions de ventes fiables fait consensus à tous les niveaux de l’entreprise, notamment au niveau de la DSI qui est particulièrement à l’écoute de nos enjeux

Comment vous coordonnez-vous avec l’IT sur ces projets ? 

La nécessité de disposer de prévisions de ventes fiables fait consensus à tous les niveaux de l’entreprise, notamment au niveau de la DSI qui est particulièrement à l’écoute de nos enjeux. Plusieurs personnes au sein de la DSI, sont dédiées aux sujets supply chain. Ce sont des personnes qui connaissent à la fois parfaitement les fonctionnalités que nous utilisons dans SAP et la supply chain. Cette collaboration est une aide précieuse. Nous avons créé un binôme entre DSI et direction supply chain et nous nous sommes mis d’accord dès le début sur l’objectif et la manière de le mener à bien.

Au sein de la direction Supply Chain, ces sujets sont portés par des chefs de projet qui sont chargés de réunir autour de la table l’intégralité des services concernés. Les données sur lesquelles sont fondées les prévisions sont localisées dans différents services et nous devons nous exonérer de ces silos pour que ne soit retenue que la véritable création de valeur pour le groupe.

Comment l’essor du click and Collect et de la livraison à domicile s’intègre-t-il dans ces projets ?

La direction Supply Chain doit adapter la logistique pour faire en sorte que les nouveaux parcours de course soient rentables. Pour le click and collect, qui fonctionnait initialement avec notre plateforme logistique, nous avons mis en place la préparation magasin pour 80 % des points de vente, ces derniers prenant sur leur stock pour le préparer.

Côté Supply Chain, ces évolutions nous obligent à plus d’agilité. Notre logistique, ne sera plus fondée sur de grands entrepôts, mais hyper-agile afin de coller aux attentes des clients. Notre outil informatique doit évidemment s’adapter à ces exigences.

 

Lire l’interview de Cathy Collart Geiger dans Républik Retail Le Média

La Supply chain de Picard en chiffres

50 millions de colis par an

Sept entrepôts pour les produits congelés, un huitième au mois de juin et un entrepôt pour les produits secs, tous gérés par des prestataires

Effectif supply chain : 700 personnes, prestataires compris, dont 50 personnes en interne (12 approvisionneurs, 22 planificateurs transport et 11 cadres)

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