Stratégie supply

Haier France restructure et redimensionne son schéma supply chain

Par Guillaume Trecan | Le | Industrie

Charles-Alain Labit, directeur des Opérations pour la France du numéro un mondial de l’électro-ménager, Haier inaugure deux nouvelles plateformes logistiques à la Chapelle-Saint-Ursin et à Dreux. Un jalon important pour réaliser ses ambitions de prendre la place du leader du marche en Europe.

Haier va occuper plus de la moitié du site Greenberry, près de Bourges. - © D.R.
Haier va occuper plus de la moitié du site Greenberry, près de Bourges. - © D.R.

La supply chain d’Haier en France, ce sont 1,8 million de pièces vendues par an dont 300 000 en stock pour un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros. Leader des produits électroménagers avec plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires le groupe chinois Haier a été créé en 1984 et reste numéro quatre en Europe, avec quatre milliards d’euros de chiffre d’affaires. Mais, après les rachats de Candy, Hoover et Rosières, les ambitions du groupe sont fortes sur le vieux continent. Il a d’ailleurs investi 350 millions d’euros depuis 2019 dans des usines en Roumanie et en Turquie.

Un schéma basé sur les assets de Candy

Ces ambitions se sont traduites en 2022 par une croissance de 8 % en Europe et de 15 % en France qui a impliqué un redimensionnement de l’outil supply chain conduit par le directeur des Opérations Charles-Alain Labit. D’un schéma supply chain basé sur les assets logistiques de Candy augmenté d’une dizaine de sites secondaires, le groupe a redéfini deux bases pour la France, l’une à Dreux et l’autre près de Bourges.

Charles Alain Labit, directeur des Opérations. - © D.R.
Charles Alain Labit, directeur des Opérations. - © D.R.

Avec la croissance, nous n’arrivions plus à entrer dans le dispositif d’origine, datant seulement d’il y a trois ou quatre ans

                                                                       Le groupe ne produit plus en France mais à conserver un entrepôt sur l’ancien site de Rosières près de Bourges. « Avec la croissance, nous n’arrivions plus à entrer dans le dispositif d’origine, datant seulement d’il y a trois ou quatre ans, celui de Candy, essentiellement basé autour de l’ancienne usine de Rosières », rappelle le directeur des Opérations. Un entrepôt de bout de chaine de 20 000 m2, adjoint d’espaces de stockage annexes, faute de pouvoir être agrandi. « A force de pousser les murs, nous nous sommes retrouvés avec quatre sites de stockage différents aux alentours de Bourges, ainsi que plusieurs sites de stockage pour un total de 30 000 m2 plus proche de la région parisienne, à Dreux », explique Charles-Alain Labit. Au total, c’est sur une douzaine de sites logistiques que les produits d’Haier étaient répartis autour de ses deux pôles principaux, cet éclatement générant des coûts d’inter-dépôt, de manutention et une complexité au niveau des systèmes d’information.

Un schéma logistique par géographie et par typologie de produits

La restructuration du schéma logistique d’Haier France a commencé par l’extension de l’entrepôt de Dreux, avec la création de cellules supplémentaires, portant le site à 30 000 m². Ce nouvel entrepôt sous-traité par le groupe Vallée, livré en août, va être inauguré le 23 novembre prochain. Il accueillera tous les produits qui ont vocation à être vendus dans les Hauts de France et en région parisienne. C’est également le groupe Vallée, qui gère l’extraction des conteneurs d’Haier au Havre, ce qui permet d’optimiser leur temps d’acheminement.

La deuxième étape ce cette réorganisation intervient cette semaine, avec la première pierre d’un entrepôt dédié à Haier sur le site Greenberry, développé par Twenty-two Real Estate à La Chapelle-Saint-Ursin, près de Bourges. Haier France y prend une surface de 46 000 m2 sur un total de 80 000 m2. « Cela va nous permettre de consolider toutes nos opérations logistiques pour chaque zone, Dreux et Bourges, sur un seul et même site », se réjouit Charles-Alain Labit, qui va également pouvoir regrouper 66 collaborateurs au total dont 45 rattachés à la logistique dans les nouveaux locaux administratifs compris dans ce nouveau bâtiment.

Nous pourrions, dans les années à venir, occuper l’intégralité du site de Green Berry 

L’entrepôt, dont la livraison est prévue en janvier prochain, est divisé en trois cellules de 11 000 m2 chacune dédiées au gros électro-ménager et des plus petites pour les produits stockés en racks et la préparation de commande. « Conformément à nos ambitions et notre plan de développement à cinq ans, nous pourrions, dans les années à venir, occuper l’intégralité du site de Green Berry », anticipe Charles-Alain Labit.

Un allègement conséquent de l’empreinte carbone

Cette redéfinition du schéma logistique de Haier permet de simplifier et de consolider les flux. Elle apporte au passage une amélioration du bilan carbone de ses transports. « Nous avons effectué une analyse Route to Market pour comprendre d’où viennent et où vont nos flux afin de positionner nos produits au plus proche de nos clients. Nous nous sommes par exemple aperçus que près de 80 % de nos clients pour le petit électro-ménager se trouvent en région parisienne. Nous avons donc créé plus de 5 000 emplacements de palettes à Dreux pour pouvoir les stocker au plus près de nos clients », explique le directeur des Opérations.

Nous faisons transiter par le rail 23 % de nos flux qui arrivent en France

« Pour descendre nos produits vers Bourges, nous utilisons de plus en plus la liaison ferroviaire entre Le Havre et Vierzon. Aujourd’hui, nous faisons transiter par le rail 23 % de nos flux qui arrivent en France. Notre objectif est de faire monter ce chiffre à 30 % à 35 %, ce que nous arriverions à faire en faisant passer 100 % de nos flux entre le Havre et Bourges en ferroviaire. De même, nous nous appuyons de plus en plus sur la barge et le rail pour faire remonter nos conteneurs vers la région lyonnaise », ajoute le directeur des Opérations.

Bénéficiant de sa position de premier locataire du site de Green Berry, Haier en profite pour poser quelques exigences, notamment sur le plan environnemental et énergétique. Des ombrières installées sur le parking du site vont notamment permettre à Haier d’auto-produire 25 % à 30 % de ses besoins en électricité.

Des économies substantielles

« L’ensemble de ces transformations doit nous amener à faire des économies de 5 %, grâce à de l’efficience opérationnelle. C’est une avancée considérable qui doit aussi nous permettre de faire des avancées significatives en termes de niveau de services apporté à nos clients », complète Charles-Alain Labit. Le groupe est aujourd’hui capable de faire de la livraison à 24 heures. En consolidant ses livraisons sur un seul et même site, Haier va gagner en réactivité. Charles-Alain Labit entend enregistrer des progrès significatifs en termes d’OTIF (On Time, In Full). Actuellement son score de ponctualité, incluant la disponibilité du produit à la date où il est demandé par le client jusqu’à l’exécution de la livraison - est à 93 %. « Notre ambition est de se rapprocher des 98 % », annonce le directeur des Opérations.

« Cette réorganisation va simplifier nos flux et nos process informatiques. Elle va améliorer la visibilité en temps réel sur la disponibilité de nos produits », ajoute Charles-Alain Labit, dont la mission de pilotage de la migration sur SAP a été facilitée par cette réorganisation.

Ce programme de transformation inclut également toute une dimension qualité de la prévision 

Arrivé dans le groupe il y a deux ans et demi, Charles-Alain Labit pose ainsi une pierre stratégique dans le chantier de transformation de la supply chain européenne du groupe déployé en lien avec les équipes centrale supply chain basées à Milan », explique Charles-Alain Labit. « Ce programme de transformation inclut également toute une dimension qualité de la prévision », complète le directeur des Opérations, qui poursuit : « nous devons être capables d’être plus flexibles par rapport à la demande de nos clients, ce qui implique d’avoir plus d’espace et de pouvoir offrir plus rapidement nos produits. La qualité de nos outils en termes de prévision est donc devenue de plus en plus importante. Nous avons refondé tout notre process incluant une responsabilisation de nos comptes clés et une implication plus forte de nos clients ».

En application de cette dimension de la transformation, la direction supply chain Europe a lancé un appel d’offres pour disposer d’un outil de forecasting plus pointu que celui avec lequel elle travaille actuellement.

Portrait 

Charles-Alain Labit a sous sa responsabilité la logistique, la prévision des ventes, le service client, la gestion du crédit et une partie de l’informatique, notamment la gestion du passage sous SAP effectuée l’an dernier. Il dirige une équipe de 80 personnes en interne à laquelle s’ajoutent près de quarante collaborateurs externes.