Stratégie supply

Dell : « La reverse logistique liée à la collecte de nos produits est encore balbutiante »

Par Guillaume Trecan | le | Green

Christophe Bennehard, le directeur supply chain EMEA du groupe Dell Technologies participe à la délicate mission de décarbonation du fabricant informatique, en particulier dans sa dimension recyclage et seconde vie des produits. Un véritable défi qui nécessite de nouer des partenariats de très long terme avec des fournisseurs responsables à coûts efficients.

Dell : « La reverse logistique liée à la collecte de nos produits est encore balbutiante »
Dell : « La reverse logistique liée à la collecte de nos produits est encore balbutiante »

Dans quelle mesure la décarbonation s’intègre-t-elle aux objectifs de la direction supply chain de Dell Technologies ?

Le groupe s’est fixé l’objectif d'être net 0 au niveau des émissions de gaz à effet de serre en 2050 sur les scopes 1 ; 2 et 3, avec une étape intermédiaire en 2030, date à laquelle nous voulons réduire nos émissions de 50 % sur les scopes 1 et 2. Sur le scope 2, nous ambitionnons par exemple d’avoir 100 % d’électricité verte d’ici à 2040 et 75 % en 2030, contre 55 % aujourd’hui.

Nous avons également des engagements en matière de recyclage. En 2030, 100 % de nos packagings doivent être recyclés où recyclables. Nous sommes déjà à 90,2 %. Nous recyclons aujourd’hui 19 000 tonnes de plastiques, ce qui représente une multiplication par 1,7 en trois ans. Cette année, nous avons ainsi utilisé 102 tonnes de plastique issu des océans, en travaillant avec des ONG qui extraient ce plastique en mer ou le récupèrent sur les plages. Nous recyclons 682 tonnes de fibre de carbone dans nos composants, soit deux fois plus en trois ans. Au niveau de la supply chain, nous devons en tenir compte dans la conception de nos produits et ces objectifs demandent de travailler avec l’ensemble de nos fournisseurs.

Cela aussi va impacter notre supply chain, au niveau de la recollecte et du désassemblage des produits. D’ici 2030, pour chaque produit vendu, nous nous sommes fixé l’objectif de recycler un produit équivalent et nous voulons que 50 % de nos produits soient fabriqués à partir de produits recyclés où renouvelables. Nous vendons 55 millions de produits par an et nous en recyclons aujourd’hui 12 %.

Je suis personnellement convaincu de la nécessité de mener à bien ces objectifs que l’extrême majorité de nos clients en Europe demande

Qu’est-ce qui motive le groupe à s’engager dans ce sens ?

La motivation sur ce point est forte, puisque le fondateur de l’entreprise - toujours à sa tête - Michaël Dell, refuse de retrouver des produits abandonnés dans la nature portant son nom. Comme l’ensemble de nos collaborateurs, je suis personnellement convaincu de la nécessité de mener à bien ces objectifs que l’extrême majorité de nos clients en Europe demande. Mon travail, comme celui de toutes les équipes de l’entreprise, est donc de traiter ces questions jusque dans leur détail.

Avez-vous des difficultés à trouver les bons partenaires pour atteindre ces objectifs ?

C’est en effet un véritable défi. Il s’agit d’objectifs sur le long terme qui impliquent des relations à travers lesquels nous allons grandir tous ensemble. Nous devons qui plus est concilier ces objectifs de décarbonation avec le travail que nous effectuons pour faire évoluer notre supply chain mondiale afin qu’elle soit plus régionale. Ces changements impliquent des augmentations de coûts.

Sur la zone EMEA il s’agit de collecter dans le respect de notre objectif de neutralité carbone et à des coûts efficients, près de deux millions de machines par trimestre

La reverse logistique liée à la collecte de nos produits est encore balbutiante. Sur la zone EMEA, il s’agit de collecter dans le respect de notre objectif de neutralité carbone et à des coûts efficients, près de deux millions de machines par trimestre. Ce n’est pas tout, puisqu’il faut en extraire les matériaux pour les réinjecter dans notre process de production.

Pour commencer, nous proposons à nos clients de télécharger l’étiquette d’une enveloppe pour nous les renvoyer. Nous travaillons aussi sur des offres de management du cycle de vie de nos PC, en proposant de la gérer sur trois ou quatre ans avant d’aller le récupérer. Pour toutes ces offres, nous mettons en place des contrats avec des entreprises de collecte, tout en standardisant ce service, en utilisant les trajets retour des transporteurs, en nous appuyant sur notre hub logistique de distribution…

C’est aussi une opportunité de donner de la visibilité à des initiatives précurseurs en Europe

Quelle est l’influence des évolutions réglementaires sur votre trajectoire de décarbonation ?

L’Union européenne est très en avance sur la réglementation et, dans une entreprise globalisée comme Dell, avec des centres décision hors d’Europe, c’est un challenge interne de faire comprendre que ces contraintes vont inéluctablement s’imposer au reste du monde. C’est aussi une opportunité de donner de la visibilité à des initiatives précurseurs en Europe. Il y a quelques semaines, la personne en charge de tous les sujets de recyclage pour le groupe dans le monde m’a d’ailleurs manifesté son intérêt pour la France, du fait de son évolution réglementaire. J’ai aussi eu l’occasion de présenter au groupe la licorne Back Market, qui est bien connue chez nous mais pas aux Etats-Unis.

Comment ces objectifs environnementaux se situent-ils par rapport aux autres enjeux RSE du groupe ?

La mission d’entreprise que s’est fixé Dell consiste à créer des technologies pour soutenir le développement humain. Nos objectifs environnementaux s’insèrent donc dans une dimension RSE au sens large. Nous travaillons beaucoup sur la diversité et l’inclusion. Nous voulons par exemple atteindre la parité du nombre d’hommes et de femmes en 2030 et nous incitons nos fournisseurs à nous suivre dans ce sens. Nous cherchons aussi à ce que 75 % de tous nos collaborateurs fassent du bénévolat, c’est le cas pour la moitié d’entre eux aujourd’hui. Aux Etats-Unis, nous avons également pris des mesures pour soutenir les minorités. Tous ces engagements nous permettent d’attirer de meilleurs talents et de nous différencier.

Le périmètre de responsabilité de la direction supply chain EMEA ?

Avec une équipe de 50 personnes, au sein d’une filière supply chain monde qui compte pas moins de 7 000 personnes, Christophe Bennehard est responsable de la supply chain au niveau Europe Moyen-Orient Afrique. Sa responsabilité porte sur la mise en œuvre les services qui accompagnent nos produits lorsqu’ils sont personnalisés pour le client. Cela concerne un tiers de nos produits dans le monde.

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