Transport

Rejoint par CMA CGM, Neoline doit préciser son schéma industriel

Par Guillaume Trecan | le | Maritime et fluvial

Rassurée par le soutien financier du groupe CMA CGM, la startup ligérienne, qui projette de construire un navire roulier à la voile sur une ligne transatlantique, doit désormais définir son schéma industriel perturbé par le contexte économique. Solide sur le plan financier et soutenue par ses futurs clients, Neoline prévoit toujours un début de chantier à la fin de l’année.

Rejoint par CMA CGM, Neoline doit préciser son schéma industriel
Rejoint par CMA CGM, Neoline doit préciser son schéma industriel

Annoncée le 4 septembre, l’entrée du groupe CMA CGM dans le pool financier de la startup Neoline donne un second souffle à son projet de transport de fret à la voile sur une ligne Saint-Nazaire Amérique du Nord. En mai, le retrait de Sogestran du capital de Neoline avait en effet provoqué un peu de tangage pour ce projet de construction d’un navire roulier de transport à la voile, dont l’industrialisation doit démarrer à la fin de l’année pour être au rendez-vous du lancement opérationnel prévu fin 2024.

Jean Zanuttini, fondateur de Neoline. - © Alain Buzak
Jean Zanuttini, fondateur de Neoline. - © Alain Buzak

En devenant un partenaire de référence pour Neoline, CMA CGAM va nous permettre de lancer rapidement la construction de ce premier navire

« Nous avons connu quelques rebondissements depuis le début de l’année. En janvier, nous étions près de pouvoir passer commande. Nous avions eu l’accord de financement bancaire au moment où Sogestran a décidé de quitter le projet. Pour compléter le tour de table, nous avons alors été amenés à discuter avec un certain nombre d’investisseurs potentiels. Nous nous réjouissons de ce rapprochement avec le groupe CMA CGM. En devenant un partenaire de référence pour Neoline, il va nous permettre de lancer rapidement la construction de ce premier navire », promet le directeur général et fondateur de Neoline, Jean Zanuttini.

Neoline Armateur et Neoline Développement

Neoline se décompose en deux sociétés. La première, Neoline Développement, a porté la conception de l’ensemble du projet de navire et de ligne-pilote qui sera mené à bien par la seconde, Neoline Armateur. Au printemps, Neoline Développement a levé plus de 800 000 euros sur la plateforme collaborative Wiseed pour soutenir la ligne-pilote, mais également le déploiement d’autres lignes et d’autres navires. Neoline Armateur va opérer et financer la première ligne pilote transatlantique. L’investissement de CMA CGM se fera sous forme d’une entrée au capital dans Neoline Armateur au moment de la construction. En plus de ce nouvel actionnaire de référence et de quelques investisseurs public et privés, la Banque des territoires a promis un apport de 3,8 millions d’euros sous forme d’obligations.

Neoline Développement devra aussi étendre le concept Neoline à d’autres projets sur d’autres lignes maritimes sur le même ADN, que Jean Zanuttini résume ainsi : « proposer des services de transport les plus décarbonés possible, visant le zéro émission et industriel, de grande taille et correctement connectés par rapport au marché. »

De violentes secousses ont frappé le contexte international qui nous imposent de retravailler notre schéma industriel pour maintenir la plus grande partie française dans le projet

Si les choses se sont éclaircies d’un point de vue financier, de nouvelles questions apparaissent en revanche sur le plan industriel. Les acteurs initialement pressentis pour participer à la construction du navire pourraient en effet être bousculés par l’inflation et la pénurie d’acier, consécutives notamment à la guerre en Ukraine. « Entre temps, de violentes secousses ont frappé le contexte international qui nous imposent de retravailler notre schéma industriel pour maintenir la plus grande partie française dans le projet, tout en restant dans notre business plan », annonce le fondateur de Neoline qui rappelle : « déjà en 2021 nous avions subi augmentation très significative du coût de la construction. »

Au printemps dernier un premier changement a été annoncé avec le recours à la technologie des Chantiers de l’Atlantique, Solid Sail, pour la voilure. Reste à préciser tous les autres éléments de la construction.

Un business plan qui reste solide

« La construction de navire repose sur un alignement de planètes », philosophe Jean Zanuttini, qui reste malgré tout confiant : « notre business plan est solide. » Ce n’est pas de la méthode Coué, puisqu’il n’a pas seulement consolidé son tour de table, il peut aussi se réjouir que les chargeurs engagés depuis le début à ses côtés restent fermes sur leurs engagements. Ils sont pour l’instant neuf, en tête desquels on retrouve les entreprises ligériennes Bénéteau et Manitou comme principaux clients, mais aussi Renault, Michelin, Hennessy, Clarins, Longchamp, Rémy Cointreau et La Fournée Dorée.

L’intérêt de ces futurs clients est d’autant plus ferme qu’il ne repose pas seulement sur un argument environnemental. Il procède d’une logique économique. « Le transport à la voile offre une plus-value environnementale significative, mais nous avons aussi souhaité apporter une plus-value logistique. Nous venons compléter une offre », rappelle Jean Zanuttini, qui poursuit : « nous avons choisi cette zone de navigation parce qu’elle est extrêmement ventée et que nous pourrons y faire la démonstration la plus éclatante possible de la validité énergétique et opérationnelle de notre proposition. Nous avons aussi pu trouver sur cette ligne une véritable appétence commerciale. »

Un bénéfice opérationnel pour Bénéteau été Manitou

Cet intérêt est en particulier manifesté par les groupes Bénéteau et Manitou sur les trajets vers Baltimore, depuis le port voisin de leurs sites de production de Saint-Nazaire. « Cela leur permet de réaliser une véritable économie de pré-acheminement », analyse le fondateur de Neoline, qui souligne également l’intérêt pour ces entreprises de taille moyenne qui doivent expédier du fret hors norme, de le faire avec un navire alternatif aux grands porte-conteneurs.

Le choix de desservir Saint-Pierre et Miquelon, sur le trajet France Amérique du Nord permet aussi aux habitants de cette collectivité d’outre-mer de bénéficier d’une ligne directe d’import de fret depuis la métropole. Actuellement, le fret entre la France et l’archipel passe en général par Rotterdam et Halifax, avant de rejoindre Saint-Pierre et Miquelon en près de 20 jours, au lieu des huit promis par Neoline. Là où près des deux-tiers des importations de l’archipel français viennent d’Amérique du Nord, le service de Neoline permettra aussi aux entrepreneurs de l’archipel de développer leurs relations commerciales avec la France.

Il est souvent possible de discuter avec des chargeurs d’un allongement du délai de transport de quelques jours, surtout un trajet transocéanique

Le navire roulier que Neoline envisage de construire présentera une hauteur de garage de 7,10 mètres sur l’essentiel de sa longueur et de 9,80 mètres sur une zone située à l’arrière du navire. En moyenne, il effectuera la traversée de l’Atlantique à onze nœuds de vitesse commerciale, en économisant 80 % du carbone dépensé par des navires de taille équivalente qui se déplacent à 15 nœuds. Des performances d’autant plus intéressantes que, après deux ans de tensions sur le fret maritime mondial, les chargeurs ne sont pas à quelques jours près. « Il est souvent possible de discuter avec des chargeurs d’un allongement du délai de transport de quelques jours, surtout un trajet transocéanique », note le président fondateur de Neoline qui insiste : « notre engagement porte principalement sur la ponctualité ! »

Transférer cet article à un(e) ami(e)