Transport

Zephyr & Borée remporte l’appel d’offres des chargeurs groupés

Par Guillaume Trecan | le | Maritime et fluvial

Zephyr & Borée est retenu par les 17 grandes entreprises unies dans l’Association des chargeurs pour un transport maritime décarboné et leur livrera en 2024 un cargo à voile pour ses transports transatlantiques. Reste encore à signer le contrat, lancer l’appel d’offres pour sélectionner le chantier naval, le choisir et lancer la construction.

Le Meltem, un projet de porte-conteneur de 185 mètres développé par Zephyr & Borée. - © Alex Stemmer
Le Meltem, un projet de porte-conteneur de 185 mètres développé par Zephyr & Borée. - © Alex Stemmer

Le cargo développé par Zephyr & Borée pour cette coalition de chargeurs unis par France Supply Chain et l’AUTF (Association des utilisateurs de transport de fret) réalisera deux rotations hebdomadaires entre l’Europe et l’Amérique du Nord. La promesse : traverser l’Atlantique avec une capacité de transport de 600 containers en une douzaine de jours, avec une vitesse moyenne de 10 à 11 nœuds qui garantirait une économie de CO2 de 50 %. (Lire à ce sujet notre interview de Géraud Pellat de Villedon).

Une compagnie maritime née sur les bancs de l’ENSM

Après, l’appel d’offres décroché en 2019, via la JV Alizés, fondée avec pour partenaire Jifmar Offshores Services, pour transporter vers la Guyane le lanceur Ariane 6, cette victoire est une nouvelle étape décisive dans la concrétisation de l’idée esquissée en 2014 sur les bancs de l’Ecole nationale supérieure maritime (ENSM) par deux des trois co-fondateurs - Nils Joyeux et Victor Depoers -, le troisième, Amaury Bolvin étant pour sa part diplômé de l’Edhec. Un autre partenaire clef, a donné des ailes à leur projet - au propre et au figuré - le célèbre architecte navale Marc Van Peteghem (VPLP Design), dont les bateaux ont successivement remporté l’America’s Cup (2010), le Vendée Globe (2013) et le Trophée Jules Verne (2017). A Zephyr & Borée, il apporte le gréement en composite et les voiles qui assureront la propulsion à la voile de ses cargos.

Ce gréement développé par Ayro, la société fondée à cet effet par Marc Van Peteghem, va notamment équiper le Canopée, le cargo à voile destiné à Ariane 6 qui vient d’être mis à l’eau à Stettin (Pologne). Construit pour Alizés par Neptune Shipyards BV, un chantier hollandais qui a lui-même sous-traité la construction de la coque au chantier naval Partner, il effectuera son premier trajet en décembre prochain. Le Canopée aura une capacité totale de 5 200 tonnes. Il doit effectuer le trajet vers la Guyane à 16,5 nœuds avec l’aide des moteurs. « En fonction du carnet de commandes d’Arianne groupe, nous irons plus ou moins vite », explique Nils Joyeux, CEO de Zephyr & Borée.

Un surcoût en capex de +20 %

Dans le cadre de l’appel d’offres remporté pour l’Association des chargeurs pour un transport maritime décarboné, Zephyr & Borée, s’adresse à « un marché mainstream et s’aligne sur les prix du marché ». Si la construction du cargo à voile représente un surcoût en capex de l’ordre de 20 %, lié en particulier au gréement en composite et si sa lenteur relative a également un coût en matière d’opex, tout l’intérêt de son concept consiste à compenser les surcoûts en capex par des économies de carburant.

Nous sommes capables de décrire le comportement du bateau en fonction de la force et de l’incidence du vent, ce qui nous donne les performances du bateau sous voile

« Nous sommes capables de décrire le comportement du bateau en fonction de la force et de l’incidence du vent, ce qui nous donne les performances du bateau sous voile. Nous sommes aussi capables de comparer ces polaires avec les statistiques du vent sur ces vingt dernières années. Nous simulons pour cela les trajets du bateau en fonction d’un historique des conditions de vent ces vingt dernières années », explique Nils Joyeux. Encore un sujet sur lequel les fondateurs de Zephyr & Borée ont su s’entourer du bon partenaire avec la société D-Ice Engeneering, spécialisée dans la modélisation des forces hydrodynamiques.

Windcoop, à la voile entre le Sud de la France et Madagascar

Capables de s’aligner sur le marché, Zephyr & Borée, n’en poursuit pas moins une trajectoire engagée. La société a ainsi lancé un troisième projet, dans le cadre de la coopérative Windcoop fondée fin mai avec l’importateur d’épices bio Arcadie et le fondateur d’Enercoop, Julien Noé. Ce projet consiste à réunir les fonds nécessaires à la construction de deux bateaux capables de transporter, en moyenne 90 % à la voile, une centaine de containers entre le sud de la France et Madagascar. « Un projet un peu plus militant, un peu plus radical qui s’adresse à des importateurs de produits bio et équitables. Sur ce projet nous essayons de pousser tous les curseurs à la fois : équitable, financière et écologique », s’enthousiasme Nils Joyeux.

Le budget de 20 millions d’euros de ces navires reposera à 75 % sur de la dette bancaire et 25 % sur des fonds propres. Arcadie doit apporter deux millions d’euros. Reste quatre millions d’euros à trouver. « Notre objectif est de financer un tiers de ce montant avec du financement citoyen afin que la coopérative soit un partenaire à part entières du bateau », avance Nils Joyeux. Windcoop vient pour cela de lancer un appel à souscription privé sur son site pour trouver des sociétaires.

Notre projet séduit des chargeurs, pas parce qu’ils sont sensibles à l’aspect coopératif ou écologique, mais parce que le projet est compétitif

Le projet de Windcoop bénéficie d’un atout, celui de promettre un trajet sans escale ni transbordement et donc de faire le trajet en 30 à 35 jours, soit beaucoup moins que les autres transporteurs maritimes. « Notre projet séduit des chargeurs, pas parce qu’ils sont sensibles à l’aspect coopératif ou écologique, mais parce que le projet est compétitif », fait remarquer Nils Joyeux. La conjoncture actuelle, mais plus généralement les perspectives à plus long terme promettent d’être le meilleur promoteur du transport à la voile. « Au prix actuel du fioul, les économies de carburant réalisées permettent de compenser le surcoût en capex. Mais demain, à mesure que la réglementation va se durcir et que le prix du fioul va augmenter, les voiles vont devenir très rentables », promet le CEO de Zephyr & Borée.

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