Stratégie supply

La méthode de Gémo pour être labellisé Fret21

Par Guillaume Trecan | Le | Green

Jean-Louis Borde, directeur logistique et distribution de l’enseigne de prêt à porter, décrit les efforts réalisés pour faire de Gémo la huitième entreprise labellisée Fret21. Une démarche qui a permis de cadrer la réduction de 15 % de ses GES d’ici à 2030. Une trajectoire qui passe notamment par le fait d’investir au côté de ses transporteurs dans une station de biogaz

Pour sa région Ouest, Gémo utilise le biogaz pour 60 % de ses flux, 80 % en 2023. - © D.R.
Pour sa région Ouest, Gémo utilise le biogaz pour 60 % de ses flux, 80 % en 2023. - © D.R.

En novembre dernier, le groupe Gémo est officiellement devenu la huitième entreprise labellisée Fret21 à la suite d’un audit effectué en septembre. « C’est très important pour les équipes, parce que c’est la concrétisation de tout le travail effectué. Cela nous permet de conduire le changement et d’embarquer tout Gemo derrière nous », se réjouit le directeur logistique et distribution, Jean-Louis Borde. Ce label est aussi un encouragement à poursuivre les efforts engagés en matière de décarbonation du transport, puisqu’il est assorti d’une note de 71 points sur 100 qui laisse une marge de progrès. « Cela permet de faire un état des lieux complets d’où nous en sommes et de ce qui nous reste à faire », reconnait Jean-Louis Borde.

Jean-Louis Borde, directeur logistique et distribution de Gémo. - © D.R.
Jean-Louis Borde, directeur logistique et distribution de Gémo. - © D.R.

Le chemin parcouru est tout de même déjà conséquent pour cette enseigne de prêt à porter dont la logistique s’appuie sur trois sites en propres pour le BtoB et un en prestation pour le BtoC et distribue ses produits à partir d’une douzaine de plateforme en prestation qui assurent la consolidation et la livraison des produits vers l’ensemble de ses 440 magasins. Au total, Gemo distribue environ 12 000 références de vêtements et de chaussures, soit 70 millions de pièces à l’année.

Un besoin d’un plan de décarbonation structuré

« Nous avons commencé à réfléchir à la décarbonation de notre transport en 2019 sans avoir de cible préétablie, en nous interrogeant sur le type d’énergie vers laquelle s’orienter », raconte Jean-Louis Borde qui a commencé par lancé un premier test sur un camion roulant au biogaz sur une tournée, avec un partenaire historique de Gémo sur la région Ouest (pays de Loire, Vendée et une partie de la Charente maritime), le transporteur Jolival.

Ils nous ont apporté des outils et un accompagnement pour élaborer une stratégie

Peu après, une rencontre avec les responsables de l’association Fret 21 apporte à l’équipe de Jean-Louis Borde le cadrage méthodologique dont elle avait besoin. « Ils nous ont apporté des outils et un accompagnement pour élaborer une stratégie beaucoup plus précise et définir des axes de travail prioritaires », reconnait-il.

2 023 tonnes de CO2 en moins en 2023

Dans la foulée, en juin 2021, Gemo adhère à Fret21 et prend l’engagement de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES), sur son périmètre transport, de 15 % d’ici à fin 2023. Un engagement en lien avec la stratégie d’entreprise Gemo For Good qui vise une réduction de 30 % des GES à fin 2030. A lui seul, le transport représentait, en 2019, 13 300 tonnes d’équivalent CO2. L’engagement est donc de supprimer de ses consommations 1 990 tonnes d’équivalent CO2. Un chiffre arrondi pour le symbole à 2 023 tonnes d’équivalent CO2.

Le biogaz est le carburant disponible sur le marché le plus vertueux

Pour y parvenir, Jean-Louis Borde s’appuie sur quatre leviers. Le premier, qui compte pour 78 % de l’objectif, est l’approfondissement de l’expérience biogaz. « C’est le carburant disponible sur le marché le plus vertueux. Cela représente 80 % d'émissions de CO2 en moins par rapport à un carburant classique, 95 % de particules fines en moins et 50 % de nuisances sonores en moins », vante le directeur logistique distribution du groupe Gemo.

Chaque jour, les camions font des tournées moyennes de 300 à 400 kilomètres sur leurs allers-retours entre leur plateforme et les magasins. Avec le biogaz, le transporteur peut donc effectuer sa tournée sans refaire le plein, le biogaz permettant de faire 400 kilomètres à 500 kilomètres en moyenne.

Co-investir dans une station biogaz

Pour accélérer ce développement, le groupe Eram, auquel appartient Gemo, a choisi d’investir avec à ses côtés les transporteurs, Pohu et Jolival pour développer une station biogaz sur le territoire des Mauges (Maine et Loir). Ce projet soutenu également par les collectivités territoriales et deux collectifs d’agriculteurs va ouvrir au premier trimestre 2023. « Cette station va se situer à proximité des transports Jolival, ce qui va nous permettre d’éliminer un maximum de kilomètres parasites pour l’approvisionnement des camions », note Jean-Louis Borde. Ainsi, depuis avril 60 % des magasins de la région ouest de Gemo sont livrés au biogaz, un chiffre qui doit monter à 80 % d’ici à fin 2023.

En termes de coûts, cette stratégie reste rentable au regard de l’augmentation des coûts du gazole. « notre coût ne s’est pas dégradé par rapport à ce que nous payons avec du carburant classique. Nous trouvons encore des stations qui du biogaz à 1,30 euros voir 1,15 euros », note Jean-Louis Borde.

Nous protégeons leurs investissements dans le domaine de la RSE, en nous engageant sur des durées plus longues

Jean-Louis Borde discute actuellement avec deux autres plateformes de distribution en Bretagne et dans le Sud-Ouest, pour reproduire cette expérience sur d’autres régions. Un axe fort, donc, de nature à faire évoluer en profondeur la nature de ses relations avec la vingtaine de transporteurs avec lesquels il travaille, qui vont de la petite PME locale aux grands groupes comme XPO, Geodis, ou encore ID Logistics. « Notre rôle de chargeur est de s’engager auprès d’eux. Nous protégeons leurs investissements dans le domaine de la RSE, en nous engageant sur des durées plus longues », explique Jean-Louis Borde qui a signé des contrats de trois ans avec Jolival et a changé de modèle économique : pour porter l’investissement de ses camions, Gemo est passé avec lui à un contrat de location de camion avec chauffeur.

Modifier les méthodes de chargement

Le deuxième axe de travail concerne l’optimisation des taux de chargement et doit permettre d’atteindre 16 % de l’objectif. Pour ce faire, le groupe a changé de contenant en optant pour des caisses plus petites, mais qui, une fois empilées peuvent occuper toute la hauteur du camion. Des GRoll conçue avec le britannique Loadhog (base roulante et coiffe) et le belge Gamma-Wopla (caisses pliables). Le déploiement a commencé fin 2019 et concerne aujourd’hui 100 % des livraisons textiles de l’enseigne.

« Grâce à cela, nous réduisons nos émissions de gaz à effet de serre en mettant moins de camions sur la route. Cet impact est aussi économique. Cela nous a également permis de réduire de façon importante les retours de contenants vides, puisque ces caisses sont pliables, nous pouvons aussi optimiser leur chargement ».

Nous détenons toute la data, de bout en bout, ce qui nous a permis de mesurer notre bilan carbone et l’impact de nos actions 

Pour aller plus loin, le groupe réfléchit à la livraison de nuit qui permettrait aux transporteurs d’optimiser leurs tournées et donc le chargement des camions est également à l’étude. Il peut également compte sur le TMS Advantage Supply (Sigma). Utilisé jusqu’ici sur le textile, cet outil promet encore d’autres optimisations sur la partie chaussure.  « Grâce à ce TMS, nous détenons toute la data, de bout en bout, ce qui nous a permis de mesurer notre bilan carbone et l’impact de nos actions », explique Jean-Louis Borde.

Tous les fournisseurs s’engagent dans la foulée

Les achats de prestations constituent un levier supplémentaire. L’ensemble des prestataires travaillant avec Gemo doivent ainsi être soit signataires de la charte ou labellisés objectifs CO2. « Nous n’avons perdu personne au passage. Tous les gens qui travaillaient avec nous vont continuer à le faire. Ils avaient juste besoin d’une impulsion de notre part », assure Jean-Louis Borde.

Appelé « distance parcouru », le dernier axe représente moins de 1 % de l’objectif mais n’en est pas moins structurant. Il a consisté à déployer, fin 2020, une nouvelle plateforme de distribution, à Limoges, pour couvrir les magasins de la région centre ouest et réduire les distances parcourues.

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