Logistique

Colissimo : « Nous sommes un acteur du e-commerce complet »

Par Guillaume Trecan | Le | Logisticien

Jean-Yves Gras, le directeur général de Colissimo, détaille ses plans d’investissement 2018-2023 et 2023-2030, tout deux d’un montant de 450 millions d’euros dont les gains capacitaires doivent lui apporter de l’agilité. Avec 10 % de volumes de colis en moins en 2022, Colissimo reste tout de même sur une croissance de 25 % par rapport à 2019.

Jean-Yves Gras, directeur général de Colissimo. - © D.R.
Jean-Yves Gras, directeur général de Colissimo. - © D.R.

Comment l’activité de Colissimo s’annonce-t-elle sur l’année 2022 ?

Colissimo représente actuellement 45 % à 47 % de parts de marché, sur 1,2 milliard de colis expédiés par an en France. En 2021, nous avons traité près de 505 millions de colis pour un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros. Après les 40 % de croissance que nous avons connus entre 2019 et 2021, le retour à la normale a aussi été remarquablement rapide. Nous avons connu un retournement assez violent de la situation en termes de volumétrie et nous avons dû nous réadapter assez rapidement. En 2022, nous enregistrons un rééquilibrage de l’ordre de 10 % en volumes. Nos taux de croissance sont revenus au niveau d’avant la crise mais nous avons tout de même gagné 25 % de flux supplémentaires.

Quelles mesures vous ont permis de vous adapter aux fortes fluctuations du marché du e-commerce ?

Nous n’avions évidemment pas prévu le Covid, mais notre stratégie était suffisamment pertinente pour s’adapter à des évolutions déjà perceptibles en 2018. Dans le cadre d’un premier plan de 450 millions d’euros entre 2018 et 2023, nous avons investi dans notre réseau logistique et informatique. Nous avons ouvert six méga-plateformes en trois ans et nous avons transformé des plateformes courrier en plateformes multi flux. Nous avons développé de nouvelles plateformes dans le Nord de l’Ile de France, près de Roissy, dans le sud de l’Île de France à proximité de Melun ainsi que dans le Var. Deux autres vont ouvrir, près de Bordeaux et Rouen, respectivement en octobre 2023 et janvier 2024. Un nouveau plan doit suivre entre 2023 et 2030, à nouveau de 450 millions d’euros. Les capacités supplémentaires que ces investissements nous apportent, nous permettent de faire face aux fluctuations fortes du marché d’une année sur l’autre. D’ici à 2030, nous tablons sur une croissance de 5 % à 7 % par an.

Nous avons connu une croissance de nos flux de 38 % par rapport à 2019. Pour autant, nous parcourons le même nombre de kilomètres grâce à une optimisation de notre plan de transports

Pour nous ajuster à ces fluctuations, nous avons aussi travaillé sur l’optimisation de nos plans de transport. Nous avons connu une croissance de nos flux de 38 % par rapport à 2019. Pour autant, nous parcourons le même nombre de kilomètres grâce à une optimisation de notre plan de transports et à la généralisation du chargement en vrac.  Nous avons ainsi diminué de 32 % nos émissions de CO2 par colis.

Quels autres leviers opérationnels allez-vous utilisés pour gagner en agilité ?

Le premier consiste à étendre géographiquement tous nos leviers. Un autre consiste à développer, à proximité immédiate de nos 19 plateformes de tri nationales, des plateformes de distribution qui nous permettent de traiter directement et plus rapidement, les flux intrarégionaux. Nous devons ainsi passer de 48 à 72 heures à 24 à 48 heures, tout en réduisant notre consommation de CO2. Pour la distribution, nous nous appuyons sur le maillage historique du groupe La Poste, dont les schémas de distribution sont totalement repensés. Nous avons par exemple développé quatre ELU (espaces logistiques urbains) à Paris et nous allons ouvrir un centre flottant, en lien avec le village olympique.

Votre programme d’investissement prévoit-il des opérations de croissance externe ?

Nous n’avons pas prévu d’acquisition dans notre domaine de la livraison de colis, mais notre objectif est de monter dans la chaine de valeur. Nous sommes un acteur du e-commerce complet. Ce qui signifie être capable de faire de la gestion de commandes pour le compte de nos clients, via des OMS - nous avons par exemple des participations dans Anchanto, via Asendia -, être capable de faire de la logistique contractuelle, de la livraison du dernier kilomètre et de donner une visibilité complète sur l’ensemble de cette chaine.

Le groupe La Poste est un acteur de la livraison dont la qualité de services est reconnue mais dont la dimension technologique est moins connue

Nous développons des partenariats dans ce sens, La Poste Venture investit dans des startups et il nous arrive de racheter des technologies qui viennent compléter notre offre. Qu’il s’agisse de solutions informatiques ou de solutions de livraison, nous sommes capables d’intégrer un écosystème assez large dans l’e-commerce pour répondre à toutes les problématiques de nos clients. Le groupe La Poste est un acteur de la livraison dont la qualité de services est reconnue mais dont la dimension technologique est moins connue.

Au sein du groupe La Poste, nous pouvons nous appuyer sur l’expertise de la BU Média, capable de faire des actions de marketing direct. Nous avons un savoir-faire pour générer du flux sur les sites e-commerce de nos clients. Nous livrons plus de 500 millions de colis par an et nous produisons pas moins de trois milliards de notifications vers les consommateurs.

Que représente le marché des PME dans votre stratégie de croissance ?

Nos clients sont des e-commerçants, 95 % de nos flux sont du BtoC, le reste étant du CtoC. Nous constatons qu’une forte concentration s’opère sur le marché du e-commerce autour de grandes plateformes, à l’image d’Amazon qui représente un tiers des commandes. La Poste a un rôle important à jouer pour la pluralité du marché en permettant aux PME de se développer en France, en Europe et dans le monde, avec plusieurs leviers.

Le premier consiste à réaliser une livraison dans les délais et impeccable. Nous sommes en effet déterminants dans l’expérience vécue par les clients destinataires de nos clients e-commerçants. Le deuxième consiste à proposer des services digitaux associés activables à la carte. Nous apportons également notre valeur en termes de RSE, sachant qu’avec 403 grammes d’empreinte CO2 par colis, nous sommes l’acteur le plus vert du marché.

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